Fred Goudon // Itw Sensitif
Fred Goudon est l'auteur du livre de photos Sunday Morning que nous vous présentions dimanche dernier. Le magazine Sensitif, qui collabore avec le photographe depuis de nombreux mois, lui consacre une interview intimiste dans son numéro de mars à paraître jeudi (vous pourrez le télécharger très prochainement en cliquant ici). En avant-première exclusive, en voici de longs extraits.
Sensitif : L'envie de faire des photos est apparue quand ?
Fred Goudon : J'avais seize ans, j'étais à New York, je suis allé voir une exposition de Bruce Weber. Il y avait des photos splendides faites à Rio. J'ai été touché par son travail qui a été une source d'inspiration pour moi, avec notamment cet équilibre entre virilité et sensibilité. Par la suite j'ai développé mon style, mais je lui dois une fière chandelle !
Quel est le premier modèle que tu aies photographié ?
A Los Angeles en 1984, mon premier amour, David, devient mon premier modèle ! Avec un appareil amateur, j'ai fait des photos de lui dont il s'est servi pour rentrer dans une agence qui m'a ensuite proposé de faire des photos pour leurs modèles (...).
Comment recrutes-tu ?
Je reçois beaucoup de candidatures spontanées, parfois avec des photos prises à la maison, mais c'est très bien car la photogénie d'un modèle se voit vite. Il faut que je sois charmé, on ne photographie bien que ce qui nous plaît. Sinon, je fais aussi des castings sauvages dans la rue. Je prends quelques secondes pour expliquer ce que je fais et laisser ma carte avec l'adresse de mon site internet pour que la personne puisse voir mon travail. C'est comme ça qu'un jour, j'ai abordé un policier en service en bas de chez moi ; maintenant on travaille ensemble !
Quels sont les rapports que le photographe entretient avec son modèle ?
Je veux que ce soit une envie réciproque d'avancer ensemble. D'une part, je sais ce que je veux, où je vais, je suis créatif... donc directif. D'autre part, c'est aussi le résultat d'un travail fait en commun.
Es-tu déjà allé au-delà de la relation de travail ?
C'est comme partout. Il y a de belles rencontres. Elles sont rares mais fortes. Je peux citer les trois plus belles. Il y a d'abord Gilles, mon égérie, nous nous sommes rencontrés il y a dix ans ; il est ma plus grande source d'inspiration et nous sommes les meilleurs amis du monde. Il y a aussi Brice (le modèle de Sensitif en janvier), avec qui j'ai fait des photos au Brésil. On a vraiment créé des liens, et nous sommes devenus très copains. Et puis, il y a Greg qui est dans mes trois livres. Je me souviens encore de ce casting dans une agence de mannequins à Nice, il avait 22 ans, tout débutant. Dès que je l'ai vu, j'ai eu un coup de foudre incroyable. On a tout de suite fait une séance photo et ça a été très fort. On a continué à se rapprocher et on est devenu amants. Ensemble, nous avons vécu plusieurs années à Barcelone et à travers le monde, depuis nous nous sommes séparés. Aqua lui était dédié, je lui rends aussi hommage dans Sunday Morning parce que ces années ont été un beau cadeau.
Les confidences de Fred Goudon pour le magazine Sensitif se poursuivent dans la suite du post...
Si tu devais faire un portrait-robot de tes modèles ? Quelle est la proportion d'homos parmi eux ?
Je veux que mes photos montrent des mecs qui soient beaux, virils et naturels ; leur sexualité, quelle importance ? Ce qui me touche, c'est qu'un homme robuste puisse être aussi doux et vulnérable. Quand je vois un garçon dans la rue, je l'imagine toujours dans un moment de tendresse. Il m'importe de l'amener à exprimer cette sensibilité. Il faut tout de même dire que la plupart des modèles que je photographie sont hétéros.
Est-ce le genre de situation que tu as trouvé avec Les Dieux du Stade ?
Non, pas vraiment. En temps normal, je tiens à ce que mes modèles prennent des poses et des attitudes les plus naturelles possibles. Les photos pour le calendrier des Dieux du Stade sont très dirigées, très encadrées et pas spontanées. Je trouve que les photos des rugbymen ne leur ressemblent pas vraiment et c'est dommage ! Je crois que l'on peut faire des photos d'hommes qui restent virils, sans qu'il soit besoin de les mettre dans des positions aussi sophistiquées et ambiguës. C'est ce que je reproche à l'évolution de ce calendrier. En revanche, je suis plus qu'admiratif du génie de Max Guazzini, instigateur des Dieux du Stade.
Y a-t-il un peu plus de nudité frontale dans Sunday Morning que dans les deux autres livres ?
Non, la proportion est la même. Pour moi, le nu est naturel. Et pourtant, je suis quelqu'un de pudique. Mais je ne vois pas pourquoi on ne montrerait pas un homme nu à partir du moment où cela ne lui pose pas de problème. Ceci dit, j'ai besoin, avant de faire des photos, de voir le garçon déshabillé. La plupart du temps, les modèles sont à l'aise avec ça ! Je dirais que ça fait partie du boulot. Mais je suis loin de fantasmer là-dessus, ce que je trouve de plus attirant chez un homme ce sont ses jambes et ses bras !
Quel est le meilleur moyen de se faire connaître pour un photographe ?
Ses photos (rires) ! Sérieusement, il y a les livres et puis le site, avec plusieurs milliers de visites par semaine, c'est vraiment la grande vitirne de mon travail. Il y a bien sûr les magazines et puis les blogs, ce phénomène assez nouveau qui prend de l'ampleur et qui devient un média à part entière (...).
Merci à Sensitif de nous avoir accordé l'avant-première de cette interview de Fred Goudon.
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