En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, Romain Barras est devenu une véritable icône sur la blogosphère gay. Sensible à tous les témoignages de sympathie qu'il a pu recevoir, la star du décathlon français a accepté de répondre à nos questions, ainsi qu'à celles que vous lui avez adressées par notre intermédiaire. Avec la gentillesse et l'humour qui le caractérisent.

On va commencer par prendre de tes nouvelles, Romain. Ta blessure contractée aux ischios en fin d'année dernière n'est plus qu'un mauvais souvenir ?
J'ai toujours plus ou moins des douleurs dans les fessiers et les ischios jambiers. Grâce à de bons soins kinés et osthéopathiques, je réussis plutôt bien à les gérer habituellement. Mais l'an passé, j'ai eu quelques soucis sentimentaux qui m'ont mis au fond du seau mentalement à partir de mai. J'ai accumulé beaucoup de fatigue, de tristesse et de stress. Mon corps a tenu tant qu'il a pu mais vers mi-juillet, tout a lâché. Aujourd'hui tout va mieux dans ma vie et mon physique suit parfaitement pour le moment.
Tu sors d'une 6ème place aux Championnats d'Europe en salle. Satisfait ?
La saison en salle n'a jamais été un objectif majeur dans ma préparation, c'est davantage un moyen de se situer en pleine préparation hivernale. Dans cette optique, mon résultat n'est pas mauvais même si j'en ressors déçu et frustré. Je suis tombé malade une petite semaine avant et la fièvre n'a cessé que trois jours avant la compétition. Je suis arrivé fatigué et sans trop de jus, je n'ai pas pu me battre avec mes armes.
Ton programme d'ici les Mondiaux d'Osaka à partir du 25 août ? Jen, l'un de nos lecteurs, souhaiterait savoir si tu seras au meeting de Villeneuve d'Ascq...
Avant de penser aux Mondiaux, il faut d'abord se qualifier ! Les minima sont fixés à 8075 points. J'espère les atteindre dès mon premier décathlon à Gotzis en Autriche les 26 et 27 mai. Après j'irais à la Coupe d'Europe des épreuves combinées à Tallin (Estonie) puis ce sera les Championnats du Monde (j'espère) et bien sûr Talence, dernière compétition avant la fin de saison et les vacances. Concernant les petites compétitions d'entraînement, j'en ferais quelques-unes dans la région de Montpellier courant mai-juin et je prendrai part aux meetings du "Lagardère Athlé Tour" sur des triathlons à Villeneuve d'Ascq (donc oui Jen, j'y serai), Jean Bouin à Paris et Reims. Je serai également aux Championnats de France élite à Niort, mais sûrement sur une épreuve individuelle.
Quels seront tes objectifs à Osaka ?
D'abord me faire plaisir ! Et comme pour moi le plaisir en compétition vient de la performance, je veux être au mieux de ma saison, donner le meilleur de moi-même et ne rien regretter. Si je réussis à faire cela, le podium ne sera sûrement pas très loin... Mais il est très dur de prévoir tout cela à quelques mois d'un événement car la préparation d'un athlète de haut niveau est bordée d'aléas. Par ailleurs, il y a énormément de paramètres à prendre en compte dans le déroulement d'un décathlon : les adversaires, le climat, soi-même... Donc qui vivra verra.
Question de Régis : est-ce que tu as des superstitions, des rites avant ou pendant la compétition ?
C'est vrai que beaucoup d'athlètes ont certaines superstitions ou porte-bonheur ; on se souvient de Zidane qui mettait toujours sa chaussette gauche avant la droite... Pour ma part, j'en ai quelques-uns comme mettre toujours les mêmes sous-vêtements ou la même casquette, mais ce n'est pas un drame si je ne les ai pas. J'ai aussi un pendentif en argent que ma maman m'a offert il y a plus de 15 ans et qui ne me quitte pratiquement jamais. Après, il est vrai que chez les décathloniens, la compétition dure deux jours, donc on a du temps pour introduire quelques conduites rituelles... Il m'arrive de répéter mes gammes d'échauffement toujours dans le même ordre, ou de mettre la magnésie sur mes mains d'une certaine manière, mais ces rites ont plus un objectif d'efficacité et de gain de temps que de superstition.
Bertrand (21 ans, Le Mans) faisait partie du même club d'athlé que l'un de tes potes, Nicolas Moulay. Bien que vous soyez amis, il se demande s'il y a une rivalité entre vous ?
Nicolas est un très bon ami c'est vrai, on s'est entraînés deux ans ensemble, on se connaît depuis plus de sept ans. Il a aujourd'hui un peu décroché du haut niveau pour des raisons pesonnelles mais on continue à s'appeler régulièrement.
Des amis qui pratiquent le décathlon avec moi j'en ai des tas, français ou étrangers, et chaque fois que l'on se rencontre on sait très bien que nous sommes amis et adversaires sur les compétitions. Sur chaque échéance, ce sera "que le meilleur gagne" et jamais il ne me viendrait à l'idée de souhaiter une contre performance à un adversaire pour pouvoir le battre... C'est à moi d'être le meilleur. De plus en décathlon, on recherche plus une victoire sur soi-même que sur les autres : on se sert de l'adversité pour se dépasser. Plus que de la rivalité, il y a de l'émulation, et beaucoup de respect. Chaque décathlonien sait par où son adversaire est passé pour en arriver là, ce qu'il a du endurer... Et puis le décathlon force à l'humilité : un décathlonien plus fort que tout le monte sur toutes les épreuves, ça ne s'est jamais vu, alors on sait très bien qu'on prendra forcément "une taule" sur une épreuve !