
Lire la première partie de l'interview que Romain Barras a accordée à A Cause des Garçons
Tu fais preuve d'une grande ouverture d'esprit ; l'homosexualité ne semble pas du tout être un problème pour toi, au contraire serait-on tenté de dire. De nombreux lecteurs m'ont d'ailleurs chargé de te remercier à ce sujet, soulignant que c'était assez rare chez les sportifs de haut niveau. D'où vient cette connivence ?
Depuis que je suis arrivé à Montpellier en 2002, j'ai toujours eu de supers relations avec le milieu gay. Cela a commencé quand avec deux potes, nous allions manger régulièrement dans un très bon resto homo (Pizz'Agri pour les connaisseurs, qui a depuis ouvert une boutique tip top de design, "Villa29"). Je me souviens avoir fêté un de mes anniversaires là-bas. Alain, le patron avec qui nous avions vraiment sympathisé, nous avait d'ailleurs offert le champagne. Mes potes m'avaient offert un tee-shirt assez moulant et j'avais du me mettre torse nu pour l'essayer devant toute la clientèle, quasiment 100% homo à l'époque... TROP FORT ! Mais il y a aussi le fait que j'adore la mode, les fringues, le design, et qui sont toujours à la pointe dans ces domaines ? Les gays bien sûr. Je ne peux donc qu'avoir du respect pour ces créateurs.
Tu dis apprécier l'humour gay... Qu'est-ce qui t'attire dans cet humour ?
Ce que j'apprécie dans toute sorte d'humour : la sincérité, le pince sans rire, la franchise et parfois les blagues un peu "déplacées"... "On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui" disait ce grand homme qu'était Coluche. Je suis très réceptif à tous les humours, je ris facilement et j'adore faire rire mes amis par un trait d'humour ou une réflexion. J'adore aussi la répartie facile et de ce côté là, les homos ne sont pas les derniers.
Question de Philippe, 35 ans, Ivry-sur-Seine : tu te fais souvent draguer par des garçons ? Comment réagis-tu quand ça arrive ?
Pour répondre franchement, si j'avais autant de succès avec les filles qu'avec les garçons, cela ferait longtemps que je vivrais dans un harem... MDR Non c'est vrai que je rentre, je pense, dans les critères physiques des homos, même si je sais que dire cela, c'est vraiment réducteur : grand, longiligne, les traits plutôt fins et sportif... Donc oui, je me fais souvent draguer et plus souvent encore mater. La plupart du temps, ça me fait sourire et ça me flatte car encore une fois, je pense que les gays se trompent rarement sur la beauté physique des mecs. Les fleurs ne sont pas chères en ce moment, alors j'en profite pour m'en lancer par poignées MDR !
A quelques jours des Présidentielles, quelle est ton opinion sur le mariage gay ? L'adoption par les couples homosexuels ?
Oulala... Je n'aime pas trop me prononcer sur ce genre de questions polémiques. Disons que pour moi, le mariage, qu'il soit hétéro ou homo, fonde ses droits surtout dans une croyance religieuse puis dans une volonté de "protéger" son conjoint et de s'unir de façon officielle à celui-ci. N'étant pas croyant, la seule chose qui me plairait dans le mariage, ça serait de voir ma femme dans une belle robe blanche (ai-je réellement besoin d'un mariage pour cela ?), parce que pour ce qui est de la protection et de l'officialisation, il y a le PaCS à la rigueur. Ceci dit, si des homos veulent se marier parce qu'ils s'aiment, je n'y vois pas de problème, comme je n'en vois pas pour les hétéros... "Accepter les différences pour ne pas vivre dans l'indifférence".
Où est-ce que tu fais la fête ? Tu fréquentes les boîtes gays, comme La Villa Rouge à Montpellier par exemple ?
Je n'ai pas trop l'occasion de faire la fête, je m'entraîne beaucoup et je dois récupérer ! Mais quand je sors, j'aime aller boire un verre dans les bars du centre ville ou, l'été, dans les paillotes sur la plage. Pour ce qui est des boîtes de nuit, je vais le plus souvent à La Côte à l'Os ou au Pulp. La Villa Rouge j'aimerais bien, mais vu le succès que j'ai sur la blogosphère gay depuis quelques temps, j'ai peur de me faire agresser... MDR
Tu as déclaré dans Athlé Magazine que le décathlon était la discipline qui façonnait le corps le plus beau... Cela t'arrive-t-il de te surprendre béat d'admiration devant le corps d'un de tes collègues décathloniens ?
"Seul l'imbécile admire, l'intelligent n'admire pas, il respecte, estime, comprend". Il m'arrive donc d'éprouver du respect pour un mec super bien foutu, parce que je sais ce qu'il doit faire chaque jour pour obtenir ce résultat. J'éprouve d'autant plus de respect dans le cas d'un décathlonien que ce résultat est indirect, pas forcément voulu, et au service de la performance.
La France t'a découvert l'été dernier à Göteborg dans le cadre des Championnats d'Europe. Tu rentres en finale, mais d'après ce que j'ai cru comprendre, ça n'était pas l'objectif principal... Tu peux nous raconter ce qui se passait à ce moment là dans ta vie ?
Petite rectification. La France (une partie de celle-ci du moins) m'a découvert lors des Mondiaux de 2005 à Helsinki où je termine 7ème. Aux Championnats d'Europe de l'an passé, disons que pour résumer, ma fiancée m'avait quitté en mai. J'ai beaucoup tenté, énormément fait, tout promis pour essayer de la récupérer. J'ai aussi beaucoup pleuré, beaucoup souffert. J'ai tenu bon, grâce à des amis (je ne les remercierai jamais assez) et à l'athlé, mais cela m'a beaucoup affaibli physiquement. Mon corps a tenu jusque la Coupe d'Europe en juillet puis a complètement craqué... Toutes mes douleurs physiques sont revenues, je suis arrivé au fond du seau à Göteborg. J'en parlais encore avec mon coach quelques jours avant de partir, je ne voulais pas y aller, je ne m'en sentais pas capable. C'est donc avec la seule volonté de passer à la télé pour lui lancer un message de mea culpa que je m'y suis rendu...
Comment ton ex-copine a-t-elle pris ce message ? L'a-t-elle seulement reçu ?
Elle était à l'étranger à ce moment là, donc elle a été mise au courant par des "on dit" et certains journaux. Elle l'a très mal pris, comme une exposition de notre vie privée sur la scène publique alors que pour moi, ce n'était qu'un mea culpa géant, une façon de lui dire une dernière fois "je t'aime"... Elle ne l'a pas compris, on s'est pris la tête grave là-dessus... En même temps, cela m'a permis de faire totalement mon deuil, de comprendre que c'était fini. Donc voilà, point final, rien à ajouter mis à part peut-être le fait que je suis ressorti de ces Championnats d'Europe avec le sentiment de ne pas avoir été présent, d'être littéralement passé à côté de l'événement car quand j'y repense, j'ai énormément de mal à me souvenir des moments de la compétition. Mon esprit veut oublier cette période en l'effaçant de ma tête.
Tu es avec quelqu'un aujourd'hui ?
Oui, à l'heure où j'écris ces lignes, j'ai la chance d'avoir rencontré quelqu'un d'extraordinaire, qui me correspond tant physiquement que mentalement, et c'est vraiment très bon... Au début, ça m'a surpris et un peu effrayé de pouvoir éprouver à nouveau des sentiments si forts aussi vite, et puis je me suis dit que la vie était trop courte pour se freiner et "qu'un instant de bonheur avec elle valait bien une vie de tristesse après"... Alors je me suis lancé.